Kudirkos Naumiestis

Kurdikos Naumiestis est aujourd’hui une petite ville de 1 888 habitants, à la frontière avec l’enclave de Kaliningrad (Fédération de Russie). Située au cœur d’une région agricole, elle vit principalement de la culture des céréales, des pommes de terre ou de la betterave à sucre. La fabrique de lin et la boulangerie industrielle ont rapidement fermé leurs portes après le retour de facto de la Lituanie à l’indépendance en août 1991, après le putsch mené contre Gorbatchov, le dernier président de l’Union soviétique. Le lycée et un musée d’importance nationale font aujourd’hui de Kurdikos Naumiestis un centre culturel régional.

Le village fondé par la reine Bona Sforca, épouse du souverain polonais et grand duc de Lituanie Sigismond Ier, est mentionné pour la toute première fois dans des sources écrites en 1561. La petite ville, située au confluent de la Šešupė et de la Širvinta, prend alors le nom de Vladislavov en 1639. Elle obtient rapidement le droit de Magdebourg, un droit de convivialité citadine et se fait appeler Naumiestis, ville nouvelle en lituanien, peu de temps après. En l’espace de deux siècles, la ville devient un important centre régional, mais elle connaît des périodes difficiles, régulièrement frappée par de nombreux incendies et des épidémies de choléra.

Située sur un axe commercial reliant la Prusse et la Pologne, la ville et ses environs se développent. Des souffleries de verre, une brosserie et une usine traitant le lin ouvrent dans le courant du 19ième siècle. La contrebande avec la Prusse est importante. Les habitants ne font pas uniquement passer de l’alcool de manière clandestine, mais aussi des livres. Il s’agit de la période des « knygnesiai », les porteurs de livre. Occupée par l’empire russe depuis 1795, le troisième partage de la Pologne, le pouvoir tsariste interdit en Lituanie à partir de 1865 l’impression de livres lituaniens en caractère latin. Imprimés à Kaliningrad, la littérature lituanienne passe secrètement en Lituanie et Naumiestis est l’un des points majeurs d’entrée des imprimés

En 1900,  6 176 habitants sont recensés à Naumiestis, dont 4 936 Juifs. La ville se dote d’une synagogue, construite en dur dans le courant du 19ième siècle. La communauté possède également sa propre bibliothèque, des cours d’éducation religieuse sont dispensés et les femmes juives fondent leur association.

De nombreuses personnalités lituaniennes, qui ont contribué au mouvement de renaissance nationale à l’aube du 20ième siècle, comme par exemple Vincas Kurdika, auteur de l’hymne lituanien ou Kazys Girnius, président de la République de Lituanie entre le 7 juin et le 19 décembre 1926, ont résidé dans cette ville. C’est d’ailleurs en l’honneur de l’auteur du « Chant national » que la ville est rebaptisée le 10 juin 1934 Kurdikos Naumiestis, ville nouvelle de Kurdika.

Kurdikos Naumiestis a particulièrement souffert des conflits mondiaux. A l’issue de la Seconde guerre mondiale, la population juive est décimée par les Nazis et des volontaires lituaniens. Kudirkos Naumiestis est la première ville occupée par les Allemands en juin 1941 lors de l’invasion de l’Union soviétique. Elle est bombardée par les Soviétiques qui envahissent de nouveau le pays en 1944. Seul un cinquième de la ville tenait encore debout à l’issue du conflit.